Les Cahiers du Cinema #754

Les Cahiers du Cinema #754

L’idée de ce numéro de printemps a été plantée l’été dernier, à l’ombre des deux cyprès de Sans toit ni loi d’Agnès Varda, les seuls arbres cités dans notre «Guide de voyage des lieux de tournage?» (n°746). Comment le cinéma montre-t-il les arbres, les plantes, les fleurs?? L’idée devait ensuite trouver sa forme, et l’herbier s’est imposé naturellement?: les fleurs et les arbres seraient les stars de ce cahier végétal. Une planche, une plante, un plan. L’actualité inattendue de Clint Eastwood, passionné de fleurs dans La Mule, a fait mûrir le numéro, et une lettre de lectrice, que nous reproduisons en ouverture, expliquant que ce que les critiques prennent pour des lys dans le film sont des als­tromères, donnait un dernier rayon de soleil. Le numéro pouvait éclore.
Ce numéro naît donc d’un désir mais aussi d’un manque. On ne trouve presque rien sur l’étude des fleurs et des arbres dans les films. Même sur Internet, refuge des fanas des listes, les énumérations tournent court et s’arrêtent vite aux titres de films où il n’est question en rien de fleurs?: Le Dahlia noir, Le Dahlia bleu, L’Orchidée blanche, L’Orchidée noire, etc. Quant aux critiques (et nous nous mettons dans le lot), ils parlent le plus souvent d’«arbres» et de «fleurs», c’est bien commode, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils voient. Il y a une impuissance à nommer, qui révèle un désintérêt profond pour la nature et une expérience appauvrie?: et quand on ne sait pas, on ne prend pas la peine d’identifier, sans se rendre compte qu’on perd une clé d’entrée précieuse dans les films. Pour parodier les universitaires anglo-saxons qui adorent faire des studies de tout, disons qu’on lance les vegetal studies?! L’idée ici n’est pas de recenser les fleurs dans tous les coins de plans, nous ne sommes pas botanistes, mais de citer des films qui montrent les fleurs ou les arbres, où leur présence est justifiée, problématisée et éclairante dans le récit ou la mise en scène.
Il y a un partage clair entre les cinéastes qui s’intéressent au règne végétal, et ceux qui ne s’y intéressent pas du tout. Certaines cinématographies sont aussi plus florissantes. Il y a le jardin à la française?: Godard, Rohmer, Resnais, Varda. Ou le jardin japonais?: les fleurs de Kurosawa et les arbres de Mizoguchi. Autant de cinéastes qui montrent des espèces et le plus souvent savent pertinemment ce qu’ils filment. Si on veut partager leur regard, il faut partager ce savoir. Certains cinéastes d’ailleurs s’intéressent plus au paysage comme entité ou tableau sans entrer dans le détail des espèces, nous les avons mis de côté. Autre règle du jeu, nous avons exclu l’animation et les plantes artificielles du cinéma fantastique, pour respecter la nature de l’herbier botanique. Cet herbier à la croisée du scientifique et du poétique fait partie de notre geste d’ensemble pour aiguiser la sensibilité. Filmer un climat, retrouver les lieux de tournage, sont des manières de faire voir autrement et le monde et les films. Car prêter attention aux fleurs dans les films ne peut que les révéler dans la vie et inversement. Ce travail lutte contre l’appauvrissement de la sensation organisé par un pouvoir économico-politique qui a tout intérêt à réduire l’homme à un consommateur pris dans un état de stupeur réflexe. Ce pouvoir, qui substitue la machine à la nature et qui planifie une vie totalement urbaine et matérielle, nous rend aveugle à la beauté autour de nous. L’anesthésie générale fait de nous des plantes desséchées. Dans son livre récent, Le Détail du monde (Seuil), Romain Bertrand regrette «l’art perdu de la description de la nature» et dresse ce constat accablant?: «Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages.» Qui ne peut nommer ne peut voir. Adieu au langage signifie finalement aussi adieu à l’image.

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Specificaties

ISBN
3780129305909
Taal
Onbekend
Bladzijden
97 pp.
Genre
Film

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